Surmédiatisation est-il synonyme d’influence accrue? Ou bien la lumière des projecteurs figent-elles les positions de chacun sans leur permettre d’agir et de trouver des accords en toute liberté.

Le déplacement du nouveau ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, au Liban aura-t-il pu débloquer ou améliorer la situation? Bien qu’il ait déclaré que “La politique française est inchangée” à l’issue d’un entretien avec le premier ministre, Fouad Siniora, le style qu’il compte instiller à la diplomatie semble beaucoup plus médiatique.

En supposant que Bernard Kouchner a effectivement pour objectif de constamment mener la politique étrangère sous le feu des médias, la question est la suivante: est-ce qu’une diplomatie plus médiatisée aura des résultats supérieurs à celle menée jusqu’à aujourd’hui? Peut-être que certains problèmes tels que ceux que rencontrent la création du tribunal destiné à juger les assassins de l’ancien premier ministre libanais, Rafic Hariri, méritent d’être portés par les médias pour être résolus plus rapidement. Il est encore trop tôt pour le juger.

Les mois qui viennent nous diront certainement quels résultats obtiendra la méthode Kouchner…

Aubry

Il n’est pas anodin de constater qu’un ancien premier ministre a été nommé ministre de l’écologie dans le gouvernement français. Etant le seul à avoir le titre honorifique de ministre d’Etat, il faut en déduire que l’environnement est au centre de la politique de notre nouveau Président de la république.

Lors d’un débat au cours de l’émission Riposte diffusé dimanche 20 mai, Mr Alain Juppé déclarait qu’il contrôlera le caractère respectueux de l’environnement des politiques publiques. On peut donc espérer un virage, tant attendu, de notre pays dans la gestion des ressources. Cette initiative poursuit, celle, engagée depuis si longtemps par les pays scandinaves ; mais c’est la première fois qu’un pays aussi influent que la France affirme vouloir s’engager si fortement dans cette voie. Espérons que cela soit un succès, mais aussi, que d’autres pays prennent comme modèle cette initiative si prometteuse. Peut être que l’aura de la France en ressortira renforcé puisque ce sera la première grande puissance économique à mettre l’écologie au centre de sa politique.

Il va de soi que les mesures promises sont attendues et qu’elles auront les effets escomptées. La première étape est franchie, reste la seconde !

François Pichot-Duclos

Sarkozy crée la surprise en nommant Bernard Kouchner ministre des affaires étrangères. Bien accueilli par les Français, cette nouvelle n’est pas pour le moins insolite et témoigne de la part du président d’une nouvelle manière, non seulement de faire de la politique mais surtout d’une nouvelle façon d’envisager la politique internationale.
Kouchner est un homme de gauche, un défenseur de l’humanitaire, un homme de terrain qui s’est mis au service de valeurs sûres ce qui l’a amené à occuper des fonctions importantes à l’ONU (représentant de l’ONU au Kosovo). Cette décision au-delà de faire bondir la gauche, donne à la politique de Sarkozy une stratégie d’ouverture.
Kouchner veut « porter haut les valeurs de la diplomatie française (…) en construisant une mondialisation plus juste, une Europe plus forte, et en retrouvant pour la France l’ambition que lui assigne son histoire ».
Le vilain petit canard du PS, est assigné à jouer un rôle primordial pour l’avenir de la France et à ce titre il est intéressant de regarder de plus prés quelque unes de ses convictions :
Sur la question européenne, Kouchner est pro européen et compte redonner à la France sa place de choix dans l’union.
Il est pro américain dans le sens ou « il ne perçoit pas l’action des Etats-Unis comme étant nécessairement hostile aux intérêts de la France ou du monde. Il est même “atlantiste” en ce qu’il pense qu’une action déterminée de l’Amérique et de l’Europe, sans sujétion de l’une à l’autre, permettrait de cautériser quelques-unes des plaies qui affectent le monde - au Proche-Orient, par exemple. » (www.lemonde.fr)
Enfin en ce qui concerne l’adhésion de la Turquie, il est pour un processus de long terme.
Il existe donc des divergences de points de vue mais aussi de façon de faire de la politique entre Sarkozy et son ministre des affaires étrangères. Est-ce un risque pour l’influence de France dans le monde ? Ou, au contraire ne serait ce pas de ce défi que la France trouverait sa nouvelle source de puissance ?

Le Colonel Jacques Hogard, ancien officier parachutiste dans la légion étrangère, était commandant de groupement lors de l’opération Turquoise au Rwanda, en 1994, destinée à mettre fin au terrible génocide qui se déroulait dans ce pays de l’Afrique des grands lacs. Il nous a accordé très aimablement un entretien afin de nous éclairer sur les enjeux de la crise à l’époque et ses conséquences aujourd’hui. Il ne se considère pas comme un spécialiste, mais seulement comme un témoin qui prend du recul par rapport aux évènements. A ce titre, il est vice-président et porte-parole de l’association France-Turquoise, dont l’objet principal est le “rétablissement de la vérité sur l’action de l’armée française et des militaires français au Rwanda” suite aux allégations concernant ceux-ci durant le génocide au Rwanda.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Hogard

De 1975, date de signature des accords de coopération bilatérale jusqu’en décembre 1993, la France a soutenu le pouvoir légal au Rwanda. Au début des années 90, elle a aidé militairement le régime hutu en place à Kigali à contenir une tentative militaire de renversement conduite par la rébellion issue de la minorité tutsi soutenue par l’Ouganda. Mais, le 6 avril 1994, l’assassinat du président en place, Juvénal Habyarimana, déclencha le génocide des Tutsi et des Hutu modérés par les extrémistes hutus. La France a alors lancé non sans mal, avec l’aval tardif de l’ONU, l’opération Turquoise pour mettre fin au génocide. Cette opération, destinée à pallier l’insuffisance de la force onusienne la MINUAR ultérieurement relayée par la MINUAR 2, lui est aujourd’hui encore reprochée, non seulement par le régime du président Kagamé, mais aussi par une partie de l’opinion internationale.

Les faits étant ce qu’ils sont, force est de constater, selon le Colonel Hogard, que la France a aujourd’hui perdu l’influence qui était la sienne dans la région des Grands Lacs. Son principal tort est au fond de s’être trouvé du côté des vaincus dans la lutte pour le pouvoir entre Hutus et Tutsis à Kigali. Son soutien politique et militaire (qui ne fut pas sans contrepartie, faut-il le rappeler, car la France impose l’ouverture démocratique dès 1992 au président Habyarimana) au régime hutu renversé d’une part et l’opération Turquoise d’autre part qui, quoique tardive du fait de l’indécision de la communauté internationale et tout en protégeant les rescapés tutsi du génocide, a permis à de nombreux hutus de fuir d’éventuelles représailles, lui ont été et lui sont encore vivement reprochés.

Pourquoi un tel acharnement contre la France ?

Cet acharnement tient au fait que le président Kagamé est arrivé au pouvoir « contre » la France, avec le soutien de l’Ouganda lui-même soutenu par le Royaume Uni et surtout par les Etats-Unis, et alors qui lui est imputée la responsabilité de l’attentat contre son prédécesseur. Cette responsabilité dans l’attentat déclencheur du génocide lui est reconnue non seulement par le juge français anti-terroriste Jean-Louis Bruguière mais auparavant déjà par le rapporteur du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda), l’Australien Michael Hourigan. Ce faisant, Kagamé et son régime ne cesse d’entretenir un sentiment de culpabilité à l’encontre de la France, sans doute pour mieux faire oublier la sienne. La rupture des relations diplomatiques entre les deux pays après l’émission par le juge Bruguière de mandats d’arrêts internationaux contre neuf proches de Kagamé pour leur implication dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, confirme cette impression en même temps qu’elle a pour effet d’exclure un peu plus Paris, au-delà des frontières stricto sensu du Rwanda, d’une zone géographique connue pour la richesse de son sous-sol. Au-delà de la question d’une relation bilatérale tourmentée, se pose en effet celle de la perte d’influence française en Afrique centrale et orientale face au monde anglo-saxon. Ce dernier ne peut que soutenir le président Kagamé, ex-officier supérieur de l’armée ougandaise, anglophone et non francophone comme ses prédécesseurs, ancien élève de l’école de guerre américaine de Fort-Leavenworth, et garant du maintien de l’influence américaine dans cette zone géographique stratégique et sensible.

La crise rwandaise a eu une seconde conséquence pour la France puisqu’elle a sonné le glas des interventions militaires franco-françaises en Afrique. Le coût politique de Turquoise a été tel, que Paris n’intervient plus sur le continent africain que dans le cadre de forces multinationales sous mandat de l’ONU et malgré le maintien d’accords de défense bilatéraux datant des années 60.

De ce point de vue, on peut considérer que la crise rwandaise a été synonyme d’une perte de l’influence sous son aspect traditionnel de la France en Afrique. A une relation dominée par ses aspects politico-militaires devrait se substituer aujourd’hui une relation de « soft-power » permettant de développer une stratégie d’influence indirecte dans laquelle les acteurs institutionnels seront moins visibles à condition toutefois de redonner une cohérence à la politique africaine de la France. L’expérience montre en effet que deux écueils sont à éviter : les luttes d’influence dommageables entre la France officielle et une France officieuse (celle des conseillers privés de certains régimes africains par exemple) et une neutralité difficile à gérer compte tenu d’engagements antérieurs et d’accords de défense qui perdurent (exemple ivoirien).

Nous remercions le Colonel Hogard pour son témoignage d’homme engagé dans l’action et réfléchi.

François Pichot-Duclos et François Gonnet

1) D’une manière générale, pensez vous que notre influence sur le continent africain reste solide ?

Objectivement, il faut reconnaître que l’influence de la France en Afrique n’est plus ce qu’elle était il y a encore 15 à 20 ans. L’époque du « pré carré » et des réseaux Foccart est révolue. Faut-il pour autant le regretter et considérer que la France a perdu toute influence en Afrique ? Je ne le crois pas .La position française à l’égard du continent africain a évolué, plus souvent d’ailleurs par la force des évènements que dans le cadre d’une stratégie claire et précise, pour s’adapter aux réalités du monde d’aujourd’hui. Cette relation est progressivement devenue moins affective et plus rationnelle, évolution qui devrait se poursuivre et s’amplifier avec l’arrivée au pouvoir, d’un côté comme de l’autre, d’une génération d’hommes politiques n’ayant pas connu la période coloniale. Une relation de partenariat avec l’ensemble du continent s’est substituée à l’ancienne relation d’assistance avec l’Afrique francophone, ce qui a pu donner l’impression, ici ou là , que la France s’éloignait peu ou prou de l’Afrique. Je pense qu’il n’en est rien et qu’au contraire son audience s’est élargie en même temps que son implication dans les affaires intérieures africaines a régressé.

2) Etes vous satisfait du rôle actuel de la France en Afrique ?

Il m’est difficile de porter un jugement de valeur sur le rôle actuel de la France en Afrique, autre que celui du simple citoyen. Disons que la France essaie de faire de son mieux pour contribuer à la stabilité de ce continent si proche de l’Europe. Elle est par exemple l’un des pays européens sinon le pays européen qui consacre la part de son PIB la plus élevée à l’aide bilatérale et multilatérale au profit de l’Afrique. Mais son rôle demeure ambigu parce qu’elle continue d’intervenir militairement, certes sous mandat onusien depuis les conséquences politiques désastreuses de l’opération Turquoise, et maintient des troupes stationnées dans cinq pays d’Afrique francophone[1] dans le cadre d’accords de défense . Datant des années 60 , ces derniers sont totalement obsolètes et inapplicables aujourd’hui comme l’a démontré la crise ivoirienne. Leur maintien ne fait que compliquer les choses et nuit à l’image de notre pays en Afrique et au plan international.

3) Vers quel objectif notre pays doit il tendre dans sa coopération avec l’Afrique ?

Outre le fait, comme je viens de le dire ,qu’il paraît hautement souhaitable de dénoncer ces accords de défense ou de les transformer en de simples accords de coopération , il faut que la France redéfinisse sa politique africaine. Paris a longtemps mis en avant la spécificité de la politique africaine, initiée par Jacques Foccart sous la présidence du général de Gaulle. Mais ce qui valait à l’époque, la France parlant et agissant en son seul nom, n’est plus concevable aujourd’hui où il faut au contraire agir de concert avec nos partenaires européens. Seule l’Europe, à tous points de vue, a aujourd’hui la taille critique pour dialoguer avec l’Afrique. C’est donc dans le cadre d’un partenariat euro-africain qu’elle doit dynamiser, que la France doit et peut aujourd’hui continuer à jouer un rôle influent en Afrique.

4) Selon vous, les conquêtes actuelles chinoises et américaines sont elles une menace sur les positions actuelles de la France ?

Je crois que parler de conquêtes est un mot un peu fort. Les Etats-Unis, depuis longtemps et la Chine, plus récemment, s’intéressent naturellement au continent africain compte tenu des ressources naturelles qu’il recèle. J’observe d’ailleurs que tout au long de ma carrière militaire la menace américaine a été présentée comme récurrente sans qu’elle se matérialise réellement. Washington a toujours été satisfait de laisser le rôle de « gendarme de l’Afrique » à la France et a simplement tenu à y défendre ses intérêts économiques (pétrole) et sécuritaires (soutien des Etats sahéliens dans la lutte anti-terroriste pour éviter le développement de « zones grises »). Certes, la politique de « World-shapping » conduite par le président Bush l’amène à rechercher des bases ou des pré positionnements en Afrique pour être en mesure d’y intervenir rapidement, au cas où, mais cela ne constitue pas nécessairement une menace pour les positions françaises. L’influence croissante de la Chine s’explique par ses besoins en matière premières et sa non appartenance au monde occidentale qui la protège de tout relent anticolonial. Il faudra néanmoins observer l’évolution de la relation sino-africaine dans la durée avant d’être sûr que Pékin puisse y prendre la place des Occidentaux. L’implication de ces grandes puissances en Afrique, outre le fait qu’elle est naturelle,à l’heure de la mondialisation, ne constitue pas une menace contre les intérêts français plus forte qu’à d’autres endroits du globe. En revanche, elle peut s’avérer dommageable pour le continent africain lui-même quand s’opposent des intérêts contradictoires comme c’est le cas dans la crise du Darfour où le soutien de la Chine au régime de Khartoum a empêché de mettre un terme rapide à des attaques génocidaires.

5) Si vous aviez un conseil à donner notre prochain chef de l’Etat, que diriez vous ?

Ce serait prétentieux de ma part de vouloir donner un conseil au nouveau Président de la République ! Je note simplement que lors de sa première déclaration à l’issue de son élection, il a appelé de ses vœux une union de la méditerranée, jugeant qu’autour du bassin méditerranéen et de notre capacité collective à y instaurer et y maintenir la paix, se jouera l’avenir des deux continents européen et africain. C’est plutôt de bon augure quant à l’intérêt que la France va continuer de porter à l’Afrique dans le cadre de l’UE.

6) Quelle nouvelle stratégie adopter ?

Je n’ai pas la prétention de pouvoir définir une nouvelle stratégie française en Afrique. A travers mes propos précédents , vous constatez simplement qu’il faut sans doute que l’Etat français s’y montre moins présent mais que la France y soit plus active. J’entends par là que l’appareil étatique, l’appareil militaire en particulier, doit y être moins visible ,car il n’est plus le meilleur vecteur d’influence. A une relation bilatérale essentiellement politico-militaire, devrait se substituer une relation multilatérale plus orientée sur la défense des intérêts socio-économiques et culturels. La défense de tels intérêts passe, comme en n’importe quel autre point du globe, par de nouvelles initiatives parapubliques ou privées, avec le soutien éventuel de l’Etat. Il s’agit , en Afrique aussi, de mener la bataille de la connaissance pour gagner ou protéger des marchés. D’autres structures sont plus aptes que les armées pour assurer cette protection.



 

[1] Sénégal, Djibouti, Gabon,Côte d’Ivoire et Tchad.

 

 

Nous remercions le Général Gonnet de partager son expérience, qui, servira à mieux comprendre les nouveaux enjeux que connaît le continent africain actuellement.

François Pichot-Duclos

Aubry Springuel

Katia Laffargue

Ni pour le Soudan, ni pour l’Iran… Aucune voix ne s’élève à la hauteur des enjeux du moment. La France semble tétanisée. Paralysée par l’enjeu des élections présidentielles, le débat ne porte que trop rarement sur la politique étrangère.

À chaque élection, cette absence d’élévation du débat se renouvelle… comme irrémédiable. Pourtant, les présidentiables ont des projets de politique intérieure ambitieux, affichent un optimisme économique à toute épreuve, promettent la sécurité, la paix et le bonheur à qui veut l’entendre mais s’arrêtent là. Et c’est ça qui est dommage…

Quand bien même toutes ces espérances se réaliseraient, les Français Continue Reading »

En 1989, devant les caméras des télévisions du monde entier, des chars tirent sur ordre du gouvernement chinois sur la place de Pékin où s’était regroupé des étudiants pour manifester pour une ouverture du régime. Bouleversés par cet acte que l’on gardera en mémoire sous le nom du « printemps de pékin », les dirigeants européens décident de sanctionner la Chine en imposant un embargo sur les ventes d’armes dans ce pays. Mais depuis 16 ans, la Chine dénonce cet embargo « comme un fruit de la guerre froide » (Premier ministre Wen Jiabao).
Depuis 2003, le président Chirac œuvre pour convaincre ses partenaires européens que cet embargo n’a plus lieu d’être. Ce travail en profondeur de Paris a porté ses fruits puisqu’avec l’aide de l’Allemagne, Paris a réussit à convaincre les membres de l’Europe de l’obsolescence de cette sanction. Aujourd’hui la levée de l’embargo sur les armes en Chine devient donc envisageable. Cependant à 10 jours du deuxième tour des élections présidentielles, ce projet qui tenait à cœur J.Chirac, sera-t-il poursuivit par notre futur président ou présidente ? Continue Reading »

Drapeaux FrancophoniesL’Organisation internationale de la francophonie (OIF) cherche comment renflouer ses caisses (cf. L’Express du 12 au 18 avril 2007) et rompre avec des mauvaises habitudes qui l’ont conduite à la banqueroute. Endettée et mal gérée, cette institution chargée de défendre la langue et la culture française dans le monde, mais qui souhaite aussi constituer un forum politique et avoir un pouvoir d’influence, ne dispose pas des moyens de ses ambitions.
Parmi les 53 Etats membres, nombreux sont les pays pauvres qui ne versent pas régulièrement leur contribution et en 2006, sur un budget de 89 millions d’euros, la dette dépasse 10 millions tandis que le budget 2007 a été ramené à 77 millions d’euros ! Les Etats occidentaux membres, la France en tête, qui sont eux-mêmes soumis à la contrainte de l’équilibre budgétaire, que ce soit en Europe ou au Canada, ne peuvent pus accepter cette situation. Un minimum de rigueur devient indispensable dans cette organisation qui vit comme une grande famille et où le plaisir de se rencontrer et de se parler a toujours primé le souci de l’efficacité.
Principale contributrice, la France versera en 2007 un total de 33 millions d’euros, dont 11 de contribution statutaire auxquels s’ajoutent : 65 millions pour la chaîne de télévision TV5, 30 millions pour l’Agence universitaire de la francophonie, 1,9 million pour l’association internationale des maires francophones et 1,7 million pour l’université Senghor d’Alexandrie, soit un coût total de quelque 140 millions.
Malgré les réformes qui sont en cours ou attendues, la question se pose du retour sur investissement pour la France, surtout lorsque l’on sait qu’un pays de l’ex « pré carré », tel Madagascar vient d’accepter par referundum un projet de révision constitutionnelle dont l’une des dispositions décrète la langue anglaise comme langue officielle nationale, aux côtés du français et du malgache.
L’OIF ne constitue plus actuellement l’institution phare de la promotion du français dans le monde tel que le souhaite Paris. Est-ce passager ou bien une tendance durable ? Là est toute la question.

 

F .G.

La Russie attaque mais l’Europe se laissera-t-elle prendre une de ses entreprises les plus stratégiques ?
EADS est un emblème pour l’Europe et tout particulièrement pour la France. A ce titre, elle représente un intérêt stratégique pour la puissance de notre nation et sa prise de contrôle par la Russie serait une véritable attaque économique contre l’Europe. Contrairement aux propos tenus par Monsieur Poutine, qui n’interprète pas l’entrée de la Russie dans le capital d’EADS comme « le signe d’un quelconque comportement agressif de la part des partenaires russes », cette participation ne résulte pas d’une simple opportunité à saisir en matière financière.
A la veille des élections, il est intéressant de regarder ce que feraient les candidats s’ils venaient à être élus. Le journal Le Monde a publié sur ce point précis l’avis des trois principaux candidats à la présidentielle.
« Etes-vous favorable à l’augmentation des capitaux russes dans la société EADS, où ils sont présents actuellement à hauteur de 5 % ?
F. B. : Non, j’y suis hostile, compte tenu de la contribution d’EADS à l’équipement militaire de la France. Plus généralement, je crois que les Européens doivent être beaucoup plus vigilants qu’ils ne le sont en matière de contrôle des offres publiques d’achat. Je n’admets pas que nos industries puissent être achetées par des firmes qui elles-mêmes, selon des modalités d’ordre juridique ou culturel, ne sont pas achetables.
S. R. : EADS peut tirer profit de coopérations avec les grands groupes russes spécialisés dans l’aéronautique et la défense. Je ne souhaite pas, en revanche, qu’on aille vers une intégration financière. L’autonomie de décision d’EADS doit être préservée.
N. S. : Non, pour une raison très simple : EADS est une entreprise stratégique, liée aux impératifs de la défense française et européenne. Une augmentation de la participation de l’Etat russe au capital d’EADS - ou d’actionnaires qui en dépendraient en réalité - pourrait, surtout si elle devait tendre vers une minorité de blocage, remettre en cause notre indépendance et notre souveraineté nationale. »
Il est important de souligner que tous les candidats sont attentifs à garder EADS comme propriété française. Seulement, il ne suffit pas de faire attention à ce que le capital d’EADS soit en majeur partie français et européen, il est primordiale que le futur président français soit inflexible sur l’interdiction faite à la Russie d’accéder à une plus grande part du capital d’EADS. Mais pour que cela soit possible, il faut aussi en parallèle renforcer la stratégie d’EADS et pallier à ses faiblesses. En effet, ce groupe s’est affaibli avec l’Europe et manque de cohérence et d’une véritable stratégie pour contrecarrer les tentatives d’intrusions dans le capital de l’entreprise.
Ainsi pour défendre une de nos plus importantes entreprises, pour l’avenir de l’Europe, il faut avant tout permettre à cette entreprise de bénéficier d’une véritable alliance au sein du groupe et d’une plus grande efficience.

Alors que nous venons de fêter les 50 ans du traité de Rome, et fait l’éloge de la construction Européenne, voilà qu’une affaire de corruption vient éclabousser la Commission européenne.
Dans cette affaire, trois Italiens ont été arrêtés « Giancarlo Ciotti, 46 ans, fonctionnaire de la Commission, ancien chef d’unité, chargé des infrastructures immobi¬lières ; Sergio Tricarico, 39 ans, attaché parlementaire du député de centre gauche Gianni Rivera ; et Angelo Troiano, 60 ans, promoteur immobilier. » (Le Figaro : le 29 mars 2007). Ces trois hommes ont été inculpés pour faux et usage de faux, corruption, escroquerie et association de malfaiteurs. Selon le magistrat, “Il y a eu des pots-de-vin pour des millions d’euros durant plus de dix ans”. La corruption aurait visé des marchés publics pour des “délégations de la Commission européenne en dehors du territoire de l’UE”.
Cette affaire permet de mettre en évidence d’une part, une plus grande efficacité dans l’identification d’affaires de corruption. Car après l’affaire Cresson, de nouveaux dispositifs de contrôle ont été mis en place et aujourd’hui on peut observer leur efficacité. Mais d’autre part alors que la Commission européenne affiche une tolérance zéro à l’égard de toutes sortes de corruption, c’est la troisième affaire du genre qui est rendue publique. En plus de ça, le Figaro mentionne que c’est en 2004 que cette affaire a été dénoncée par l’Olaf (l’Office européen de lutte anti-fraude). Il aura donc fallu trois ans avant que cette affaire soit prise en compte par le système juridique.

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